Le nouveau roman que j'ai commencé sera un roman d'amour ou ne sera pas...Je boude un peu le genre policier ? Non, mais pour une fois, laissez-moi parler d'amour.
Voici- spécialement pour mes lecteurs assidus (il y en a !) - les premières pages de ce petit dernier qui est en pleine gestation !
« Fermé pour cause de santé ». Je suis resté deux minutes devant le panonceau accroché à la devanture jusqu’à ce qu’un type, qui semblait attendre les clients pour les informer, m’a dit en se donnant des airs importants :
- Il a une phlébite, Marcel ! À toujours rester debout et à passer sa vie à piétiner autour d’un fauteuil ! C’est pas étonnant ! Vous aviez rendez-vous ?
J’ai failli lui demander s’il était de la police, mais je me suis retenu. Je me suis éloigné. Comme je partais en vacances le lendemain, il fallait bien que j’aille me faire couper les cheveux. C’est pas que j’en ai beaucoup, mais ils ont la fâcheuse habitude de ne pousser dru que de chaque côté de mon crâne et pas ailleurs, au point que je dois donner l’impression d’avoir deux cornes sur la tête, comme un diable. Je me suis donc rabattu sur un salon de coiffure dont l’enseigne est connue et où vous êtes reçu sans rendez-vous. Un jeune homme m’a accueilli avec le sourire, m’a débarrassé de ma veste, m’a proposé un café. Puis il m’a indiqué un siège libre – c’était le seul – où je pouvais me donner la peine de m’asseoir en attendant mon tour. J’ai siroté mon café et ai laissé traîner mon regard sur les gens qui m’entouraient. Parmi les clients, les femmes étaient trois fois plus nombreuses que les hommes; quant au personnel, le garçon qui m’avait si aimablement montré le siège inoccupé était le seul homme au milieu de cinq jeunes et jolies employées. J’ai remarqué que la plupart posaient une fesse sur le tabouret à roulettes. Ils n’attraperaient pas de phlébite à cinquante ans, eux !
Quand mon tour est arrivé, le jeune coiffeur m’a présenté une longue blouse marron, et, croyant peut-être que j’étais manchot, m’a serré la ceinture autour de la taille. Certains aiment qu’on leur lave les cheveux, moi pas ! Je déteste avoir la tête en arrière, car après, ça me donne des vertiges. Après m’avoir infligé ce supplice, il m’a annoncé doctement que j’avais les cheveux secs et qu’il serait raisonnable d’utiliser un bon shampooing, pas de ceux que l’on peut trouver dans les grandes surfaces, mais un produit qu’ils vendaient, de leur marque à eux. Je voulais décliner son offre, mais j’ai dit oui. On ne se refait pas ! Je ne sais pas refuser ! Il a eu l’air satisfait puisqu’en plus des quinze euros de la coupe, j’allais devoir débourser vingt euros supplémentaires pour soigner mon cuir chevelu ! Quelques instants plus tard, je me trouvais à une autre place, devant un immense miroir. A un ou deux mètres de moi, une femme, des papillotes en aluminium disposées soigneusement sur le crâne, devisaient de choses et d’autres et la coiffeuse hochait la tête et émettait quelques ah oui, ah bon, de temps en temps, pour montrer qu’elle ne perdait rien de la conversation. Mais on ne tient pas que des propos oiseux chez le coiffeur ! La preuve, c’est qu’en allant se faire coiffer, Jérôme, mon meilleur pote, a appris, de la bouche d’une cliente, qu’il y avait eu un désistement pour une location de vacances. Il avait sauté sur l’occasion ! Et c’est ainsi que nous allions pouvoir partir en vacances le lendemain dans un coin perdu du Cantal, à moitié prix !
Le garçon s’est cru obligé d’entamer la conversation. Est-ce que je prenais des vacances ? Qu’est-ce que je faisais dans la vie ?
- C’est un beau métier, au service des autres, a-t-il déclaré quand je lui ai répondu que j’étais ambulancier.
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